Bravo aux 3 gagnants sélectionnés à Casablanca !

  1. Azzedine Lahlou : une session de cours de français et un abonnement à la médiathèque de Casablanca
  2. Fatima Zahra ANOIR : un abonnement à la médiathèque
  3. Hicham Caoucabi : un abonnement à la médiathèque

Le texte d’Azzedine Lahlou a été sélectionné pour participer au concours national.

Merci à tous pour votre participation !


Bravo aux 3 gagnants sélectionnés à l’échelle nationale   !

Le concours « Dis-moi dix mots du confinement » a réuni plus de 557 auteur.e.s dans tout le réseau de l’Institut français du Maroc. Après des présélections, souvent serrées, dans chaque antenne de l’IFM, 12 textes ont été sélectionnés pour être présentés au jury national. Azzedine Lahlou, Amina Idrissi et Kenza Latik ont remporté la phase finale. Ils et elles recevront une tablette tactile Samsung Galaxy Tab S5e 10.5″ (2019), offerte par TV5 Monde.


1ère place : « L’Ours et le virus » par Azzedine Lahlou


Les sages d’autrefois, comptent avec raison,
Qu’une peste à la marche facile,
Congédia le monde à domicile.
Ce virus, appelé le coronamaison,
Faisait frémir la faune, et partout effrayait,
Inspirait l’épouvante aux tréfonds des foyers.
La maison fut pour tous un périmètre, tel
Que, dehors, le travail ravivait les terreurs.
Un ours, peu fier, ayant les efforts en horreur,
Fit de la peur commune une joie personnelle,
De par la compagnie de repas magistraux.
Canapé pour pays, frigidaire en otage,
Et la bouche tendue pour tous les grignotages
Ses mioches seuls semblaient de trop.
Mais un jour, maître Bouc, arriva en hurlant :
“Levez-vous, bienheureux, ne songez plus aux larmes,
Le coronamaison a perdu ses talents !
Sieur Raoult, le Hibou, a fendu ses alarmes !
Mais le pays nous mande, hommes, femmes, petits,
Au travail !” L’ours, alors, cachant son appétit,
Dit : « Non, je suis malade, et mes jours sont comptés,
Me vois-tu fort ? Ami, me vois-tu affronter
Le labeur ? Sans compter l’embarras,

De mes pauvres enfants que mon décès tuera.
Bien que j’écoute en moi encore quelque machine,
Je suis prêt à suer le devoir de mes tâches,
Et si je n’eusse point ma famille en attache,
J’aurais rejoint les morts en courbant mon échine.»
Le Bouc, ému de voir son ami suffoquer,
Dispensa ses efforts. Et, à peine parti,
L’ours saisit sa tablette, avala son rôti,
Il changea son tombeau en banquet.
Mais le temps fit son oeuvre, et de l’obésité,
Notre ours hérita tous les naufrages,
La flemme enfla sa peau, et sa fatuité,
Invoquait comme raison son âge.
Même un télétravail ne l’intéressait pas.
Si bien qu’un matin l’ours, à son poids maximal,
Mangea bien trop. Son ventre ivre de ses repas,
Eclata, et d’un coup, acheva l’animal.
La paresse a souvent les sanglots pour refuge,
Sur ce point, peu de juges,
Ont l’esprit clairvoyant. Discernez seulement,
Les pleurs du bâillement.


2ème place : « Un balcon sur rue calme » par Amina Idrissi


Je ne vais pas vous mentir, ça ne me change pas du quotidien, ce confinement, je suis retraitée et si habituée à vivre seule, sans compagnon, ni mioches. La vie en a décidé ainsi, je vous fais grâce des détails palpitants.
Ne me remerciez pas, j’ai la flemme de tout expliquer. Mais depuis qu’il y a ce coronamaison -oui ça m’amuse de l’appeler ainsi- il y a du piment dans mon existence : je découvre mes voisins et quelquefois, je l’avoue, je les épie.

Mon balcon garni de géraniums et où quelquefois viennent pépier des oiseaux, a une vue plongeante sur l’immeuble d’en face. C’est ainsi que ces fantômes dont je n’apercevais que les silhouettes furtives derrière des rideaux éclairés, ont pris vie et surprise, ont des visages, des noms, des histoires.

Je les vois toute la journée s’agiter dans leur périmètre, faire les cent pas, se disputer. Certains mettent très fort la musique, d’autres sont affalés devant la télé sur leur canapé. Chose curieuse, presque tous ouvrent grand leurs fenêtres comme si le fait d’être confinés les poussait à laisser l’espace extérieur les envahir alors qu’avant la pandémie, c’était volets clos et silence radio.

Les voisins du 3ème en face à gauche font du télétravail, je le vois bien. C’est un jeune couple qui lorsqu’ils ne sont pas, lui sur son ordinateur et elle sur sa tablette, passe son temps à se bécoter. Le confinement leur fait du bien, je les soupçonne de rattraper les moments perdus dans les embouteillages, les transports, le boulot. Je souris quand je les regarde.
A droite, il n’y a personne : persiennes écaillées par le soleil et rebords de fenêtre souillés de déjections de pigeons. Bon voilà un chapitre fermé. Mais au 2ème, au milieu, c’est le régal, je ne vois que la cuisine, le salon étant protégé par des rideaux japonais. La femme qui occupe l’appartement vit pratiquement dans son frigidaire. Chaque fois que j’arrose mes plantes, je la vois manger sans arrêt, et encore et toujours. J’ai de la peine pour elle et ce, pour  avoir vécu cela des années auparavant au moment de ma séparation, enfin bref, je sais bien que le grignotage c’est le chemin de l’obésité et celui, plus insidieux, de la déprime.
Alors de temps en temps je lui fais un petit signe de la main, en espérant qu’elle lève les yeux vers moi, vers le balcon fleuri en face au 4ème étage gauche, vers le coin de ciel bleu qui me surplombe. Un jour peut être…


3ème place : Le cri d’alerte d’une planète maltraitée par Kenza Latik


La planète Terre en a marre d’être maltraitée par les hommes, elle décide de punir leurs mioches en créant un virus mortel: le coronamaison.
Maintenant prisonniers chez eux, le seul portail vers le monde extérieur est la tablette. Plus de routines matinales ni de trajets pour l’Ecole. En pyjama toute la journée sur le canapé et si on a la flemme, on reste au lit !

Personne ne le saura puisque on fait notre télétravail. Le seul sport pratiqué est le chemin de l’obésité, des aller-retour de la tablette au frigidaire, des grignotages quotidiens. La porte marque le périmètre de notre liberté, un jour nous pourrons la franchir.


Découvrir le texte des 12 finalistes


Ahmed Ismaïli (Meknès)

Aymen Lbibb (Kénitra)

Didier Ramon (Fès)

Eliane Milochevitch (Marrakech)

Amina Idrissi (Agadir)

Martine Plot-Devynck (Oujda)

Salma Saïd (Safi)

Younès Laamirni (Essaouira)

Zainab Jabroun (Tétouan)

Séverine Mereau (Rabat)

Azzedine Lahlou (Casablanca)

Kenza Latik (Tanger)

En partenariat avec TV5 Monde

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