Romain Gary, seul écrivain à avoir eu deux fois le prix Goncourt, entre à la Pléiade 40 ans après sa mort

Écrivain caméléon, seul auteur à avoir été récompensé deux fois (sous deux identités différentes) par le prix Goncourt, homme à la vie de légende, Romain Gary, si sensible aux honneurs, fait enfin son entrée dans la Pléiade près de 40 ans après sa disparition.

« Ouvrir un livre de Gary, c’est consentir à passer du rire aux larmes » mais aussi « aller à la rencontre d’un homme insaisissable, paradoxal et contradictoire », explique l’universitaire Mireille Sacotte qui a dirigé les deux volumes de la Pléiade consacrés à l’auteur de La promesse de l’aube, après avoir piloté un ouvrage qui lui était consacré dans la collection Quarto de Gallimard.

« Il était optimiste de nature et désespéré par constat », ajoute Mireille Sacotte, dans l’introduction qu’elle cosigne avec Denis Labouret, spécialiste de la littérature française du XXe siècle.

Un des premiers à rejoindre de Gaulle en 1940

Le tome 1 de la Pléiade (1 536 pages, 63 euros) s’ouvre avec le premier roman publié par Gary, Éducation européenne (1945, couronné par le prix des critiques). Le tome 2 (1 728 pages, 66 euros) se clôt avec son dernier roman, Les cerfs-volants (1980). A 35 ans de distance, ces deux livres ont pour sujet la Seconde guerre mondiale et plus précisément la Résistance, un thème toujours en filigrane dans ses romans.

Né Roman Kacew en mai 1914, fils d’un fourreur et d’une modiste de Wilno (actuelle Vilnius, capitale de la Lituanie), ville tour à tour russe, allemande puis polonaise, emmené en 1928 en France par sa mère Mina, Romain Gary a été parmi les premiers à rejoindre le général de Gaulle en 1940. A ceux qui l’interrogeront encore et encore pour connaître sa véritable nationalité, le pilote de guerre, Compagnon de la libération, répondra invariablement : « Ma nationalité, c’est Français libre »…

« Gary (Gari !), expliquait-il, veut dire ‘brûle’ en russe à l’impératif. C’est un ordre auquel je ne me suis jamais dérobé, ni dans mon oeuvre, ni dans ma vie. »

Deux fois prix Goncourt

L’édition de la Pléiade a mis de côté les nouvelles, le théâtre, les articles, les entretiens et les essais de Gary pour ne conserver que ses romans et récits.

On retrouve Les racines du ciel qui lui a valu le prix Goncourt en 1956 et La vie devant soi également couronné par le Goncourt en 1975 (« un cas unique dans l’histoire littéraire », souligne Mireille Sacotte) signé sous le pseudonyme d’Émile Ajar. Adapté au cinéma par Moshé Mizrahi, La vie devant soi a permis à Simone Signoret de recevoir le César de la meilleure actrice pour son interprétation de Madame Rosa.

Parmi les autres titres rassemblés dans la Pléiade figurent La promesse de l’aube, une autobiographie à ne pas prendre au pied de la lettre, Lady L., roman de pure fantaisie et La danse de Gengis Cohn qui a comme narrateur un juif revenu hanter la conscience de l’ancien nazi qui l’a fusillé. On trouve également Adieu Gary Cooper (d’abord écrit en anglais), Chien Blanc, Les enchanteurs, Clair de femme (adapté au cinéma par Costa-Gavras) et Vie et mort d’Émile Ajar.

Des oeuvres signées de ce fameux hétéronyme, la Pléiade a retenu Gros-câlin, La vie devant soi et Pseudo.

Un album raconte un Gary plus intime

« On peut relire sans se lasser les textes de Gary. On y trouve toujours du nouveau », s’émerveille Mireille Sacotte.

Parallèlement à la sortie des deux volumes de la Pléiade, Gallimard propose un Album Romain Gary richement illustré (offert pour l’achat de trois Pléiade) consacré à l’écrivain. C’est un Gary plus intime (avec sa femme Jean Seberg notamment), « éternel insatisfait de soi, éternel écorché vif », qui apparaît dans ce recueil réalisé par Maxime Decout, maître de conférences à l’université de Lille.

« Le 2 décembre 1980, écrit-il, l’écrivain met fin à la carrière d’Émile Ajar et de Romain Gary d’une même balle de revolver. »

L’écrivain laisse une lettre pour expliquer son geste. « Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique : La nuit sera calme et les mots de mon dernier roman : ‘Car on ne saurait mieux dire' ».

« La nuit sera calme, note Maxime Decout, l’expression est celle que le pilote murmurait pour se fortifier et se rasséréner avant le combat. »

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