Né à Salé en 1978, Fouad Chardoudi est un artiste peintre qui pratique son art depuis une vingtaine d’années. Il est l’une des figures emblématiques de l’art contemporain marocain. Son néo-expressionnisme doublé d’un lyrisme latent lui attribue un statut à part notamment dans les expositions collectives à côté de grands noms. En parallèle, Fouad Chardoudi est également poète ayant écrit quatre recueils de poésie dont Le Ciel quitte la gare, Tenir une traînée d’astre, En guise de précaution et Inimitiés d’un seul jour. Il est lauréat du premier prix de la Biennale des artistes arabes au Koweït 2019 ; membre du bureau exécutif de la maison de la poésie au Maroc et fut Secrétaire général de la délégation du syndicat des artistes plasticiens marocains (Rabat-Salé-Zemmour- Zaër), de 2007 à 2010.

En tant qu’artiste peintre, il a réalisé plusieurs expositions au Maroc et à l’étranger, en Italie, en France, en Espagne et dans d’autres pays européens, et connu un véritable rayonnement dans le monde arabe, de Tunis au Caire en passant par plusieurs pays du Golf. Ses œuvres poétiques ont été traduites en plusieurs langues dont le français et l’anglais. Son œuvre artistique est présente dans plusieurs musées et institutions culturelles européens et arabes. Fouad Chardoudi vit et travaille entre Rabat et Salé, entre son atelier de peinture et ses chantiers poétiques ouverts sur l’avenir de la culture au sein du Maroc.

« Fouad Chardoudi,
Le chaos ordonné »
Par Rachid Khaless, écrivain

S’il est une gestuelle si poétiquement nerveuse, c’est bien celle de Fouad Chardoudi. Et ça dit tout de sa marque de fabrique ! Son geste, ardent et acéré, est celui d’un artiste pris de transe. On le dirait habité par le désir de peindre contre la peinture. Un trait, une forme ou une couleur viendront toujours se juxtaposer à d’autres dans une chorégraphie instinctive. La main qui trace est aussi la main qui efface. Pourtant, une profonde poésie et une beauté transcendante s’y dégagent.

Il n’y a nul désordre dans cette œuvre qui exhibe ses ressorts : le trait crû, la palette chromatique, les formes exacerbées sont le prolongement nécessaire du geste qui les fait advenir.

L’artiste est dans l’acte ! Son corps – ses muscles, dois-je dire – est tout tendu vers la toile. Tout est physique dans cette création de haut vol. L’artiste n’est jamais en retrait. Plus que jamais présent dans son œuvre, Chardoudi tisse un lacis de lignes, de formes et de couleurs pour nous rappeler, émanant de son intériorité, les soubresauts de la vie en nous. Il rend dicible, tout en lui préservant son état natif, le désordre du cœur humain qu’il spatialise dans ses tableaux. Ce désordre ne dit rien d’autre que la tension de l’homme aux prises avec le chaos des choses. Une sismographie de la psyché !

Ce créateur parvenu à la plénitude de son art n’a jamais cessé d’épeler les sinuosités de l’âme. Ce chaos qu’il accueille et restitue dans ses toiles est ici rendu dans toute sa puissance expressive. Issue d’un geste libératoire, la peinture de Chardoudi nous ensorcelle par son éclat car elle tient sa dignité du jaillissement : elle nous éclabousse de sa beauté étincelante. Celle-ci est frontale et assumée comme le sont les hoquets du cœur. Fille de l’intériorité, elle remonte à la toile en tremblant, encore hantée par le geste qui a présidé à son avènement. Et telle peinture ne peut s’éprouver que dans le mouvement.